La Coordination politique de l’AFC/M23 a reçu à Goma un groupe d’anciens détenus en provenance de Kinshasa. À l’issue de cette rencontre, le Dr Oscars Balinda, chef de département adjoint de la Communication de l’AFC/M23, ainsi que l’un des anciens détenus ont livré leurs impressions. Entre satisfaction pour les personnes libérées et inquiétude concernant celles qui restent détenues, leurs interventions ont principalement porté sur le processus de libération des prisonniers, les conditions de détention rapportées par les intéressés et la mise en œuvre des engagements conclus dans le cadre des pourparlers.
Pour le Dr Oscars Balinda, l’arrivée de ce premier groupe constitue à la fois
un jour de joie
et un moment marqué par la tristesse.Selon lui, sur une liste annoncée de 768 prisonniers, seulement quinze personnes auraient rejoint Goma dans cette première vague, dont neuf qu’il présente comme liées à l’AFC/M23.
C’était un jour de joie, mais une joie mélangée de tristesse. Parce que sur une liste de 768 prisonniers, aujourd’hui on n’en a reçu que 15
, a-t-il déclaré.Le responsable de la Communication affirme que les personnes reçues ont raconté à la Coordination politique les conditions difficiles dans lesquelles elles disent avoir vécu durant leur détention à Kinshasa.
Il évoque notamment des détenus provenant de plusieurs lieux de détention et des témoignages faisant état de décès parmi leurs compagnons de captivité.
On a parlé, on a partagé avec eux. Ils nous ont témoigné l’horreur qui règne dans les cachots du régime de Kinshasa
, a déclaré le Dr Balinda, relayant les récits des anciens prisonniers.Ces allégations relatives aux conditions de détention sont celles rapportées par les anciens détenus et par le responsable de l’AFC/M23 lors de cette intervention.
L’AFC/M23 réclame la poursuite des libérations
Le Dr Oscars Balinda a également replacé cette libération dans le contexte plus large des discussions entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais.
Il a rappelé que les discussions portent notamment sur plusieurs protocoles, parmi lesquels la question des prisonniers et le cessez-le-feu.
Selon lui, l’AFC/M23 estime avoir déjà manifesté sa volonté de faire avancer le processus en procédant, de son côté, à plusieurs vagues de libérations.
Il a notamment cité des militaires détenus, des prisonniers de guerre remis au Comité international de la Croix-Rouge, ainsi que des combattants étrangers et des membres de forces régionales ayant quitté les zones contrôlées par le mouvement.
Tout ça, nous le faisions pour faire preuve de bonne volonté dans cet accord de libération des prisonniers
, a-t-il soutenu.Le Dr Balinda affirme par ailleurs que l’AFC/M23 disposerait encore de plusieurs milliers de personnes qu’elle souhaite remettre dans le cadre du processus de libération.
Selon lui, leur maintien en détention représente également une charge importante en matière d’alimentation, de soins et de protection.
Le cessez-le-feu également au centre des préoccupations
Le chef de département adjoint de la Communication a également abordé la question du cessez-le-feu, affirmant que plusieurs incidents continueraient d’être enregistrés sur différents fronts.
Il a cité notamment des zones de Walungu, Nzibira et Minembwe, estimant que le mécanisme chargé de la surveillance du cessez-le-feu devra documenter les incidents signalés par les différentes parties.
Pour l’AFC/M23, la libération des détenus et le respect effectif du cessez-le-feu constituent donc deux éléments essentiels pour renforcer la confiance entre les parties engagées dans le processus de négociation.
Nous venons de sortir de l’enfer
Prenant la parole après sa réception par la Coordination politique, l’un des anciens détenus a livré un témoignage particulièrement chargé d’émotion.
Nous nous sentons libres parce que finalement nous sommes à Goma. Nous venons de sortir de l’enfer
, a-t-il déclaré.L’homme affirme avoir passé une longue période en détention à Kinshasa et soutient que plusieurs personnes auraient été arrêtées sans jugement ou maintenues pendant de longues périodes sans être présentées devant un juge.
Il dit également avoir été accusé de liens avec l’AFC/M23 et avec certaines personnalités politiques sans que, selon lui, des preuves ne lui aient été présentées.
L’ancien détenu affirme qu’au moment de son arrestation, il exerçait les fonctions de secrétaire permanent et porte-parole du Parti lumumbiste unifié (PALU).
On m’accuse d’avoir des connivences avec l’AFC/M23 sans une seule preuve. On m’accuse d’avoir des connivences avec l’ancien président Joseph Kabila sans me montrer une seule preuve
, a-t-il déclaré.Pour lui, sa détention relevait d’abord d’un problème d’injustice et d’absence de garanties judiciaires.
La cause générale à nous tous, c’est l’injustice
, a-t-il insisté.Un témoignage sur les conditions de détention
L’ancien détenu affirme avoir séjourné dans différents lieux de détention avant son transfert à la prison militaire de Ndolo.
Il soutient que les conditions de détention étaient extrêmement difficiles et que certains prisonniers se retrouvaient dans des cellules où, selon ses termes, il devenait parfois difficile de respirer.
Même en prison, on reste des êtres humains. Même en prison, on reste des citoyens congolais
, a-t-il rappelé.Il affirme également avoir rencontré des détenus très âgés et dénonce ce qu’il considère comme des arrestations fondées sur l’origine géographique ou linguistique.
L’ancien prisonnier soutient notamment qu’un nombre important de détenus de Ndolo seraient des personnes originaires des régions swahiliphones. Il attribue cette situation à des soupçons politiques liés au conflit dans l’Est de la RDC.
Ces déclarations constituent son témoignage personnel et n’ont pas été indépendamment vérifiées dans le cadre de cette intervention.
Un appel en faveur de ceux qui restent détenus
Après leur arrivée à Goma, les anciens détenus ont été reçus par le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, et des responsables du mouvement.
Selon le témoin interrogé, le message qui leur a été adressé était celui de la liberté et de leur réintégration en tant que citoyens congolais.
Il nous a dit que nous étions libres, que nous sommes des Congolais et que nous nous sentons chez nous
, a-t-il relaté.Mais pour ces anciens détenus, leur propre libération ne doit pas marquer la fin du processus.
Ils demandent à la Coordination de l’AFC/M23 de poursuivre ses démarches dans le cadre des négociations afin que d’autres personnes détenues à Kinshasa puissent également retrouver la liberté.
Nous avons demandé au coordonnateur et à toute son équipe de continuer à faire pression pour que la suite de ce processus soit poursuivie
, a déclaré l’ancien détenu.Entre soulagement et attente
La réception de ce premier groupe à Goma constitue donc, pour l’AFC/M23, une étape dans un dossier qui demeure sensible : celui des détenus et prisonniers liés directement ou indirectement au conflit congolais.
Pour le Dr Oscars Balinda, la libération de quelques personnes ne peut toutefois constituer un aboutissement tant que des centaines d’autres restent concernées par les discussions.
Du côté des anciens détenus, le sentiment dominant est celui d’avoir retrouvé la liberté après une longue période d’incertitude, mais avec une pensée tournée vers ceux qu’ils disent avoir laissés derrière eux.
Leur message converge ainsi vers une même demande : que les engagements pris dans le cadre du dialogue soient appliqués de manière effective et que le processus de libération se poursuive jusqu’au règlement du sort des autres détenus.
SIMBA MEDIA