Goma, 15 août 2026
Vingt-deux ans après le massacre de Gatumba, l’AFC/M23 appelle à faire de la mémoire des victimes un combat pour la justice, contre la haine et l’exclusion. Dans un discours prononcé à l’occasion de la commémoration, le Coordonnateur politique adjoint Bertrand Bisimwa a insisté sur une conviction : aucune paix durable ne peut être construite en excluant une partie de la population congolaise.
Un massacre ne peut jamais se résumer à une statistique
Revenant sur la nuit du 13 au 14 août 2004 au camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi, Bertrand Bisimwa a d’abord replacé les victimes au centre de la commémoration.
Un massacre ne peut jamais se résumer à une statistique. Chaque victime avait un nom. Chaque victime avait une famille. Chaque victime avait une histoire. Chaque victime avait des rêves.
Pour l’AFC/M23, Gatumba ne doit donc pas seulement être commémoré : cette tragédie doit être documentée, enseignée et inscrite dans la mémoire nationale afin que les générations futures en comprennent les causes et les conséquences.
La haine commence avant les armes
L’un des messages les plus forts du discours concerne les mécanismes qui conduisent aux violences collectives.
Les massacres et les autres crimes odieux, tels que le génocide, ne commencent jamais par les armes. Ils commencent par une simple pensée négative, traduite ensuite en mots, puis en actes.
Selon le Coordonnateur politique adjoint, la stigmatisation d’une identité, la banalisation de la haine et la transformation d’une communauté en menace peuvent progressivement ouvrir la voie à l’exclusion, à la persécution puis à la violence.
Aucun Congolais ne doit justifier sa congolité
Le discours a également placé la question de l’identité nationale au cœur du message.
On ne peut construire une République en distribuant des certificats de nationalité selon l’ethnie, la langue, le nom, le faciès, la religion ou la région d’origine.
Pour Bertrand Bisimwa, aucun Congolais ne devrait être contraint de choisir entre son identité communautaire et son appartenance à la République. Il a particulièrement rappelé que les Banyamulenge sont Congolais et doivent bénéficier des mêmes droits que toutes les autres communautés du pays.
Justice, oui. Vengeance, non.
La commémoration ne doit cependant pas devenir un instrument de revanche. Le responsable de l’AFC/M23 établit une distinction nette :
La vengeance généralise la culpabilité, alors que la justice individualise les responsabilités.
Et d’ajouter que la vengeance prépare les conflits futurs, tandis que la justice permet à une société d’affronter son passé pour construire son avenir.
L’appel lancé à Gatumba est donc celui de la vérité, de l’établissement des responsabilités et d’une justice en faveur des victimes.
De Gatumba à Minembwe : l’appel à la vigilance
Le discours a également établi un parallèle politique entre la mémoire de Gatumba et la situation actuelle dans les hauts plateaux de Minembwe. L’AFC/M23 accuse notamment les forces burundaises, les FARDC, les FDLR et des groupes Wazalendo de faire peser une menace sur les populations civiles de cette région. Il s’agit ici de la position exprimée par l’AFC/M23 dans le discours.
Mais Bertrand Bisimwa insiste sur une ligne qu’il présente comme fondamentale :
Protéger une communauté menacée ne veut pas dire la monter contre les autres communautés.
L’objectif affirmé reste celui d’un Congo dans lequel chaque communauté peut vivre en sécurité, sans discrimination.
La prévention doit précéder les condoléances
Cette phrase résume l’un des principaux appels lancés lors de la commémoration.
La prévention doit précéder les condoléances.
Pour Bertrand Bisimwa, attendre les massacres pour condamner et présenter des condoléances ne suffit plus. La lutte contre les discours de haine, la discrimination et la déshumanisation doit intervenir avant que les paroles ne deviennent violence.
À la jeunesse congolaise, le message est tout aussi direct :
Refusez les discours de haine, refusez la déshumanisation de l’autre, refusez la discrimination et n’acceptez jamais que l’oubli vous envahisse.
Trois engagements
Au terme de son discours, Bertrand Bisimwa a résumé l’esprit de la commémoration autour de trois impératifs :
Se souvenir, parce que l’oubli prépare la répétition.
Rechercher la justice, parce qu’une paix sans justice demeure fragile.
Construire la nation, parce que l’avenir dépend de la capacité des Congolais à vivre ensemble malgré leurs différences
SIMBA MEDIA - La mémoire contre l’oubli, la justice contre la vengeance, le vivre-ensemble contre l’exclusion.