Vingt-deux ans après le massacre de Gatumba, la douleur reste présente dans les mémoires. Lors d’une cérémonie commémorative, des survivantes, des proches des victimes et plusieurs participants ont rendu hommage aux personnes tuées, tout en réclamant justice et une paix durable pour les communautés affectées.
On ne peut pas tuer quelqu’un à cause de sa communauté
Interrogée à l’issue de la commémoration, Me Doudou, avocate, a d’abord présenté ses condoléances aux familles endeuillées avant d’insister sur la nécessité de tirer les leçons de cette tragédie.
Nous devons dire non à de telles atrocités. Il est difficile de comprendre qu’on puisse mettre fin à une vie simplement parce qu’une personne est née dans telle ou telle communauté. En tant que Congolais, nous avons tous les mêmes droits.
Pour elle, la commémoration ne doit donc pas se limiter au souvenir. Elle doit également devenir un moment de prise de conscience collective et de mobilisation contre les violences fondées sur l’appartenance communautaire.
Un appel à la justice
Me Doudou a également insisté sur la nécessité de poursuivre les responsables du massacre.
Nous demandons justice au nom de tous ceux qui ont perdu la vie. Que tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à ces atrocités répondent de leurs actes.
Pour l’avocate, la lutte contre l’impunité constitue une condition essentielle pour éviter la répétition de telles tragédies et permettre aux familles de retrouver leur dignité.
La douleur toujours présente chez les survivantes
Parmi les moments les plus émouvants de la commémoration figurent les témoignages de femmes ayant vécu les violences et leurs conséquences. Plus de deux décennies après, certaines disent continuer à porter les blessures psychologiques de cette période.
L’une d’elles a expliqué que les violences vécues depuis son enfance ont laissé une profonde angoisse, mais elle refuse que cette souffrance se transforme en désir de vengeance.
Si je parle de tout cela, ce n’est pas pour nous venger. La haine est mauvaise. La méchanceté est mauvaise.
Elle a adressé ses condoléances aux familles des victimes et appelé les survivants à rester forts.
J’étais désespérée, aujourd’hui j’ai retrouvé la force
Une autre survivante a expliqué que la possibilité de participer à cette commémoration représentait pour elle une forme de réconfort.
J’étais désespérée, mais aujourd’hui vous me voyez avec toute cette force. Je remercie Dieu de nous avoir donné cette force.
Elle a également exprimé son souhait de voir les Congolais vivre enfin dans un environnement sécurisé.
Donnez-nous la paix, une paix durable, afin que les Congolais vivent en paix.
Mémoire, justice et réconciliation
À travers ces témoignages, la commémoration du massacre de Gatumba rappelle que, 22 ans après les faits, le besoin de vérité, de justice et de reconnaissance reste profondément ressenti par les survivants et les familles des victimes.
Au-delà de la douleur, les femmes qui ont pris la parole ont surtout transmis un message : se souvenir sans cultiver la vengeance, combattre l’impunité et construire une société où aucun Congolais ne soit persécuté ou tué en raison de son appartenance communautaire.