Longtemps associé à l’insécurité, aux embuscades et à la peur de voyager, l’axe passant par Kibumba reste encore marqué, dans la mémoire de nombreux usagers, par les expériences difficiles des années précédentes. Pour certains voyageurs, prendre cette route signifie encore affronter une véritable psychose héritée du passé.
Mais aujourd’hui, la circulation a repris sur cet axe. Véhicules de transport, commerçants et voyageurs l’empruntent de nouveau pour rejoindre différentes destinations, notamment Beni et les autres localités du Nord-Kivu.
C’est sur cette route qu’un accident de circulation est venu, de manière inattendue, révéler une autre facette de la situation actuelle : celle d’autorités qui s’arrêtent, se rendent accessibles et participent directement au secours des populations en difficulté.
La peur d’une route longtemps considérée comme dangereuse
Pour les populations habituées aux réalités sécuritaires de cette partie de la province, les souvenirs ne disparaissent pas du jour au lendemain. Les anciennes barrières psychologiques demeurent : peur de tomber dans une embuscade, crainte de rester immobilisé sur la route ou encore inquiétude de ne trouver aucun secours en cas de problème.
L’accident survenu alors qu’un véhicule transportant des passagers se dirigeait vers Beni aurait ainsi pu renforcer cette angoisse.
Selon les témoignages recueillis, une défaillance du système de freinage aurait provoqué la perte de contrôle du véhicule avant son renversement.
Mais alors que les victimes se retrouvaient dans une situation de détresse, le passage d’un convoi des autorités sur le même axe a changé le cours des événements.
Sans eux, cela aurait été une autre histoire
Encore marqué par ce qu’il venait de vivre, l’un des passagers rescapés raconte :
En tout cas, nous pensons que c’est Dieu qui les a envoyés sur notre route. Nous voyagions vers Beni lorsque nous avons été victimes de cet accident. Sans nos aînés qui assurent notre sécurité et qui sont arrivés pour nous secourir, nous ne savons pas ce qui nous serait arrivé.
Le rescapé explique que les occupants du convoi ne se sont pas contentés d’observer la scène.
Ce que j’ai vu, c’est qu’ils ont retiré les passagers du véhicule, les ont mis en sécurité et ont porté assistance aux blessés. Ils nous ont également aidés à remettre le véhicule renversé dans une position normale.
Pour ce voyageur, cette intervention restera associée à un sentiment de soulagement et de reconnaissance.
Nous remercions Dieu et nous leur disons merci pour ce qu’ils ont fait. Que Dieu les bénisse et leur donne encore la force. Sans leur intervention, la situation aurait pu être beaucoup plus grave.
Des autorités qui s’arrêtent devant la détresse
Au-delà de l’accident lui-même, l’épisode prend une dimension symbolique : celle de responsables qui interrompent leur déplacement pour venir au contact direct des victimes.
Sur une route où, pendant longtemps, la présence d’un convoi officiel pouvait être perçue comme quelque chose de distant par la population, les rescapés ont cette fois découvert des autorités qui s’arrêtent, écoutent, compatissent et participent aux opérations de secours.
L’accessibilité d’une autorité ne se mesure pas uniquement lors des réunions officielles ou des cérémonies publiques. Elle se manifeste également dans sa capacité à reconnaître la détresse d’un citoyen ordinaire et à agir lorsque les circonstances l’exigent.
De la psychose à la reprise de confiance
La réouverture d'une route au trafic ne suffit pas, à elle seule, à effacer les traumatismes accumulés par les populations. La sécurité se mesure aussi au sentiment de confiance qui revient progressivement chez les voyageurs, les commerçants, les transporteurs et les communautés riveraines.
Chaque véhicule qui passe, chaque déplacement effectué sans incident sécuritaire et chaque intervention au bénéfice des usagers contribue à reconstruire cette confiance.
L’accident rappelle cependant que les dangers routiers demeurent et que l’état technique des véhicules, particulièrement les systèmes de freinage, doit rester une préoccupation majeure pour les transporteurs et les services compétents.
Mais pour les rescapés rencontrés sur cet axe, une image restera : au moment où leur véhicule gisait renversé sur une route qu’ils avaient longtemps appris à redouter, des responsables de passage se sont arrêtés pour leur porter secours.
Une scène ordinaire de solidarité, mais porteuse d’un message fort : une route peut être rouverte par la sécurité ; la confiance, elle, se reconstruit par les actes.