NULLES
, MAIS QUI ADMINISTRE RÉELLEMENT LES UNIVERSITÉS À GOMA ET BUKAVU ?SIMBA MEDIA Analyse
Le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations a publié, ce 10 août 2026, un communiqué condamnant les nominations opérées par l’AFC/M23 dans les comités de gestion de plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu.
Kinshasa les qualifie de
prétendues nominations
, les déclare nulles et dépourvues de tout effet juridique ou administratif
et menace de sanctions sévères
toute personne qui participerait à leur mise en œuvre.Mais derrière la fermeté des mots demeure une question que le communiqué ne résout pas : qui assure concrètement, aujourd’hui, le fonctionnement quotidien des établissements universitaires concernés ?
NULLES ET SANS EFFET
: MAIS QUELLE RÉPONSE À LA RÉALITÉ DU TERRAIN ?Le Gouvernement affirme que les comités de gestion qu’il avait régulièrement investis
demeurent en fonction et conservent l’intégralité de leurs prérogatives
.Sur le plan de sa propre lecture juridique, Kinshasa réaffirme ainsi la continuité de l’État.
Mais administrer une université ne consiste pas uniquement à détenir un acte de nomination.
Il faut organiser les enseignements, gérer les inscriptions, superviser les examens et les délibérations, assurer le fonctionnement administratif, répondre aux enseignants, gérer les infrastructures et surtout garantir aux étudiants la poursuite normale de leur cursus.
Le communiqué ministériel dit peu sur la manière dont ces responsabilités doivent être effectivement exercées dans les établissements concernés.
UNE AUTORITÉ REVENDIQUÉE À DISTANCE
Le ministère soutient que
l’occupation temporaire d’une partie du territoire national ne confère ni souveraineté, ni compétence administrative, ni autorité institutionnelle, ni pouvoir de nomination
.C'est la position politique et juridique du Gouvernement congolais.
Mais cette affirmation ne fait pas disparaître une réalité : des populations vivent dans ces territoires, des administrations fonctionnent et des milliers d’étudiants doivent continuer leurs études.
Lorsque les circonstances empêchent l’administration habituelle d’exercer normalement ses fonctions, la question de la continuité effective des services publics devient incontournable.
Le débat ne peut donc pas être réduit à une bataille de cachets, de signatures et de communiqués.
DES
SANCTIONS SÉVÈRES
CONTRE CEUX QUI CONTINUENT À TRAVAILLER ?Plus préoccupant encore, Kinshasa menace de sanctions toute personne qui se prévaudrait des nouvelles nominations ou participerait à leur mise en œuvre.
Cette menace place potentiellement les responsables universitaires, enseignants et agents administratifs dans une situation particulièrement délicate.
Que doit faire un responsable académique confronté quotidiennement aux étudiants, aux enseignants et aux impératifs administratifs de son établissement ?
Doit-il suspendre le fonctionnement de l’institution en attendant une hypothétique normalisation politique et sécuritaire ?
L’université ne devrait pas devenir un champ de bataille politique où les premiers dommages collatéraux seraient les étudiants et leurs enseignants.
ET LES ÉTUDIANTS DANS TOUT CELA ?
Le ministère affirme vouloir
préserver les droits des étudiants
.Mais le communiqué reste silencieux sur plusieurs interrogations fondamentales.Que deviendront les actes académiques posés durant cette période ? Les diplômes délivrés seront-ils reconnus ? Les délibérations seront-elles ultérieurement remises en question ? Les enseignants qui poursuivent leur travail risquent-ils des sanctions ? Les étudiants pourraient-ils un jour être pénalisés pour avoir simplement fréquenté les institutions disponibles là où ils vivent ?
Ce sont pourtant ces questions qui préoccupent directement les familles.Les étudiants ne peuvent pas devenir les otages d’un conflit institutionnel qu’ils n’ont pas créé.
ENTRE LÉGALITÉ PROCLAMÉE ET ADMINISTRATION EFFECTIVE
Le communiqué du ministère met finalement en évidence une contradiction beaucoup plus profonde.
Kinshasa revendique, au nom de la continuité constitutionnelle de l’État, une compétence exclusive sur ces établissements.
L’AFC/M23, de son côté, exerce de fait une administration dans les espaces placés sous son contrôle et prend des décisions touchant au fonctionnement des institutions qui s’y trouvent.
Cette situation pose une question que les condamnations seules ne peuvent résoudre : comment garantir la continuité des services publics lorsque l’autorité juridique revendiquée et l’autorité effectivement exercée sur le terrain ne coïncident plus ?
C'est précisément là que le communiqué ministériel montre ses limites.
L’UNIVERSITÉ DOIT CONTINUER À VIVRE
La véritable priorité devrait rester l’étudiant.
Les universités de Goma et Bukavu existaient avant la crise actuelle et continueront d’exister après elle. Les générations qui les fréquentent aujourd’hui ne doivent pas perdre leurs années académiques dans l’attente du règlement des différends politiques.
Plutôt que de multiplier les menaces contre les universitaires, toutes les parties devraient garantir la continuité académique, préserver la qualité de l’enseignement et protéger les droits acquis des étudiants.
Car derrière les déclarations de souveraineté et les confrontations politiques, une réalité demeure :
un étudiant qui entre aujourd’hui dans un auditoire à Goma ou à Bukavu veut étudier, passer ses examens et obtenir un diplôme reconnu.
Et c’est précisément sur cette réalité concrète que devrait être jugée toute politique universitaire.
LA QUESTION QUI RESTE SANS RÉPONSE
Kinshasa peut déclarer les nominations
nulles et sans effet
.Il peut rappeler la Constitution, invoquer la continuité de l’État et annoncer des sanctions.
Mais une question demeure :
si les autorités que Kinshasa reconnaît ne sont pas en mesure d’exercer effectivement leurs responsabilités dans les établissements concernés, qui doit administrer ces universités aujourd’hui pour empêcher leur paralysie ?
Le communiqué du 10 août condamne.
Il ne répond pas véritablement à cette question.
SIMBA MEDIA